L'ESTUAIRE
(notes de l'année 2024)
« Oui, je pense à toi, possible lecteur. J’aimerais te prendre par la main avec beaucoup de respect et de douceur pour te mener vers la source dont je reçois
l’eau si pure que j’en sors à la fois désaltéré et assoiffé. »
L’Estuaire, cinquième et dernier livre de Notes de Jacques Robinet, conclut une expérience d’écriture autobiographique d’une intensité et d’une originalité sans équivalent dans la
littérature contemporaine. Ce volume couvre les premiers mois de l’année 2024, presque jusqu’au jour de la mort de l’auteur, le 29 juin, après plusieurs semaines dans un service de soins
palliatifs.
S’il avait conscience qu’il s’agirait de sa dernière année, étant donné l’avancement de sa maladie, l’écrivain était en pleine possession de ses moyens et semble avoir acquis dans ces derniers mois
une sorte de légèreté, comme au-delà de la joie et du chagrin. Après des années de doute parfois torturant, sa foi est enfin devenue une évidence. Même enfermée dans un cadre terrestre de plus en
plus étroit en apparence, la vie parvenue à l’estuaire du fleuve de tant d’années se déploie avec une beauté et une grandeur renouvelées.
L’aventure humaine concentrée dans ce livre est trop exigeante et trop grave pour qu’on tente d’en donner une idée en quelques lignes. On doit cependant signaler que l’auteur a écrit presque à son
insu le témoignage le plus direct et le plus frappant sur les soins palliatifs. « Si tout est fait dans ce service pour éloigner l’acte létal brutal et définitif, ils s’emploient à jouer sur tout le
clavier des médicaments à leur disposition pour conjurer la douleur, assumant le risque d’abréger la durée de la vie pour privilégier le temps du rossignol, son chant mystérieux à travers le
feuillage. »
C’est ainsi que cette grande œuvre littéraire est aussi un document exceptionnel sur la fin de vie, une des questions qui tourmentent notre époque.
Jacques Robinet (1937-2024), psychanalyste, a publié plusieurs recueils de poèmes avant de se tourner vers la prose. L’Estuaire est son septième livre aux éditions de la Coopérative.
DOSSIER DE PRESSE
Le livre s’ouvre sur une hésitation. Janvier, l’année nouvelle blanc-gris, une nuit coupée par des élancements qui n’annoncent rien de bon, et cette question : faut-il écrire encore, ouvrir un nouveau fichier ? Il l’ouvrira. Six mois plus tard, il lui faudra plus d’une heure pour écrire huit lignes, et il les écrira. Entre les deux, la fin de Jacques Robinet (1937-2024), mort le 29 juin, après plusieurs semaines à l’unité de soins palliatifs de Fontainebleau. Cinquième et dernier volume des Notes, celui-ci achève une expérience d’écriture sans précédent à ma connaissance. Comme me l’a fait remarquer son éditeur, Jean-Yves Masson, bien peu d’auteurs ont tenu le pari de mourir pour ainsi dire la plume à la main, de continuer d’écrire jusqu’aux dernières limites, aux dernières forces, en sachant qu’ils vont là où cessent les mots humains. Ce dernier volume donne, en effet, son vrai sens à tout ce qu’il a écrit.
Patrick Corneau. Lire la suite :
https://www.patrickcorneau.fr/2026/10/une-voliere-ouverte/