Les premières décennies du vingt-et-unième siècle voient une redécouverte progressive de l’œuvre d’Anna de Noailles (1876-1933). Non qu’elle ait jamais été oubliée, à vrai dire, car elle eut toujours ses fidèles, mais des préjugés injustes en ont trop souvent masqué la modernité intemporelle. À l’occasion du cent-cinquantième anniversaire de sa naissance, la Coopérative poursuit son hommage à cette femme hors du commun en rééditant ses deux ultimes livres de poèmes, Poème de l’amour (1924) et L’Honneur de souffrir (1927), depuis longtemps introuvables.
Si tous les recueils d’Anna de Noailles contiennent d’admirables poèmes, ces deux volumes se distinguent par une cohérence et une concision inédites. Dans Poème de l’amour, les références biographiques précises s’effacent derrière l’évocation d’un amant qui l’initie à travers les extases et les déceptions, à l’expérience la plus intense de cette existence terrestre à laquelle elle fut passionnément attachée tout en en connaissant l’amertume. Le résultat est un livre d’une singularité saisissante, où le vécu le plus intime semble se décanter pour s’adresser à chacun d’entre nous et nous toucher au plus profond.
« Tes doux jeux, charmants, éphémères,
Sont faits d’écume et d’âme amère,
Et cependant, quoi que tu fasses,
Il restera que je t’aimais,
Que j’ai dit ta grâce à l’espace,
Et penché sur tes yeux ma face
Où le soleil se résumait ! »
D’Anna de Noailles, les éditions de la Coopérative ont précédemment réédité Exactitudes, recueil de proses jamais réimprimé auparavant, et L’Offrande, une anthologie de son œuvre poétique établie et présentée par Philippe Giraudon.